Le Vol du Tableau

Publié le par Lulu

 



Henriette

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Bonjour, je m'appelle Henriette. J'aurais aimé m'appeler Alice ou Simone comme tout le monde mais ma mère n'a pas pensé aux conséquences de son choix. On se moque de moi: rillettes, andouillette et des meilleures, ça me déplaît énormément car ça me fait penser à de la charcuterie ce qui n'est pas spécialement distingué. Pourtant je me suis fait une raison et j'assume. Ma mère est écrivain, elle est connue pour ses histoires et ses contes sur le Pollet. Ma mère vient à Dieppe pour rencontrer des gens célèbres: romanciers, peintres, mondains... mais aussi pour converser avec des gens qui ont consacré leur vie à la pêche.


Nous logeons dans un hôtel relativement luxueux au bord de la mer. J'apprécie ce confort car de temps en temps j'accompagne ma mère qui se rend « aux gobes »: ces habitations troglodytes qui abritent tous ceux qui ont vu disparaître leurs logis lors du creusement du chenal. C'est comme ça que vit ma mère: un pied chez les riches et l'autre chez les pauvres. Je trouve ça plutôt passionnant car les festivités convenues du casino me lassent parfois.

Ce matin là nous avons décidé d'aller rendre visite à nos amis Polletais et particulièrement à ceux des gobes. Nous avons cheminé à travers les rues de ce quartier de pêcheurs, tout dans cette promenade évoquait la mer: l'odeur iodée qui imprégnait l'air, les visages burinés des vieillards, la gouaille des femmes de matelots, le matériel entreposé au pied des demeures: rames, filets, hottes.... En arrivant devant la première excavation, j'aperçus un jeune adolescent assis et je fus tout de suite intrigué par le sentiment de tristesse qu'il semblait dégager. Pendant que ma mère menait ses investigations, je décidais de l'aborder ce qui pour l'époque n'était guère convenable pour une demoiselle mais une idylle entre un pêcheur et une bourgeoise se révélant fortement improbable, mon acte me sembla nettement moins audacieux. A mon approche, il se leva et, tout en claudiquant, m'invita à m'asseoir à ses côtés sur une barque renversée ce qui me surprit de la part de gens aux moeurs réputées un peu rustres. L'évocation de mon prénom le laissa de marbre, ce qui m'incita à lui faire confiance et nous bavardâmes en laissant filer le temps. Il m'apprit ainsi qu'il avait déjà navigué sur des terre-neuvas en qualité de mousse. Il participait aussi aux pêches côtières. Il s'agissait de remonter les filets et de trier les poissons. Il connaissait toutes les espèces qui se vendaient à Dieppe: soles, limandes, carrelets, morues, rougets, vives... Non seulement il savait les nommer mais rien ne lui échappait quant aux méthodes de pêche et aux particularités propres à chaque catégorie. Quand il avait du temps libre, il jouait dans les rues: opportunité qui était pour moi fort rare.


En effet, pour de multiples raisons dont certaines m'échappent complètement j'étais le plus souvent accompagnée soit de maman ou l'une de ses amies, de ma gouvernante ou en tout état de cause d'un adulte bien né et bien élevé sensé me préserver de tous les périls qui guettent une demoiselle de bonne famille. En outre je ne devais absolument pas « gâter » mes toilettes. Il ne semblait pas avoir conscience de la chance inouïe qu'il avait de pouvoir aller et venir sans contrainte mais semblait fasciné par mon mode de vie: confort des grands hôtels, concerts, bals, déjeuners au restaurant, jeux divers au casino. Tout ce qui faisait mon quotidien et me lassait un peu le faisait rêver. Après cette première rencontre nous nous revîmes plusieurs fois toujours à l'occasion de l'enquête que ma mère menait au Pollet. Une profonde amitié naquit ainsi. Nos univers quasiment opposés au lieu de nous éloigner renforçaient notre complicité. Après maintes tractations auprès de ma mère (son ouverture d'esprit avait des limites) j'obtins l'autorisation d'inviter Rémy (c'est ainsi qu'il se nommait) à vivre ma vie toute une journée. Inviter des gens du même monde, ce n'est déjà pas très simple mais emmener un petit Polletais de l'autre côté du chenal c'est encore autre chose. Comment cheminer dans les salons luxueux du casino accompagnée de ce jeune mousse sans susciter des commentaires désobligeants sur la tenue ou sur le comportement de ce petit intrus? Il fut décidé que mon protégé serait « déguisé ». Il troqua donc sa vareuse pour le petit costume marin du jeune parisien en visite à Dieppe. Quoique seyante cette tenue l'indisposait un peu; toutefois, il accepta cette contrainte sûrement par amitié pour moi mais aussi parce que la perspective d'une journée exceptionnelle attisait sa curiosité. Je me devais maintenant d'imaginer un planning. Hors de question de l'emmener aux leçons de danse organisées pour les enfants. Difficile en peu de temps de lui apprendre les rudiments de la valse. En effet, la particularité de ces cours étaient de singer les moeurs des grandes personnes. Dans mon monde les enfants sont des adultes miniatures. Sur ces modèles réduits, les défauts se révèlent flagrants. J'étais à la fois heureuse et ennuyée de confronter même provisoirement Rémy à cette enfance étriquée.

Pour cette expérience exceptionnelle, il fut donc décidé que je passerai prendre Rémy au Pollet vers 9 heures. Il me recommanda de ne pas oublier sa tenue. Vers les dix heures après une brève promenade sur le port de Dieppe, nous gagnâmes ma chambre d'hôtel. Quelques jouets étaient éparpillés sur le sol. Rémy avisa un petit ours remisé dans un coin, il le regarda, le manipula avec douceur. Il me semblait beaucoup trop grand pour s'enticher d'une peluche passablement détériorée par quelques années d'insistante affection. Il reposa le jouet en m'indiquant qu'il en avait parfois vu dans des vitrines mais qu'il n'en avait jamais touché. Je ne savais pas si c'était ridicule ou pas, tant pis pour les railleries, ce fut mon premier cadeau à Rémy. Il sembla apprécier ce présent insolite car il me remercia chaleureusement. J'adorais la peinture et j'avais projeté d'emmener Rémy voir une exposition de tableaux dans l'un des salons du casino. J'avais posé pour l'un des amis de ma mère, Monsieur Jacques Emile Blanche et je me demandais si mon nouveau copain allait reconnaître la toile pour laquelle j'avais servi de modèle. Cette question me tortura pendant tout le déjeuner que nous prîmes avec ma mère au restaurant de l'hôtel. Notre jeune invité éprouvait quelques difficultés à manger à la fois parce qu'il ne savait pas toujours quels couverts utiliser mais aussi parce que ma mère le pressait de questions. Toujours son satané travail sur les pêcheurs. J'avais hâte que ma mère reparte vers ses mondanités pour pouvoir retrouver notre complicité. Rémy bafouillait un peu, s'embrouillait parfois dans ses réponses mais aussi dans ses gestes tant il faisait d'efforts pour se tenir comme il faut. Finalement il se débrouilla plutôt bien. Je fus cependant soulagée quand après le dessert, nous obtînmes la permission de quitter la table. Nous avions une heure devant nous avant de rejoindre le casino. La foule commençait à affluer, messieurs en redingotes et chapeaux haut de forme accompagnés de dames rivalisant d'élégance. Rémy écarquillait les yeux tant il était peu accoutumé à ces fastes vestimentaires. Je ne lui avais pas dit qu'en quelque sorte tout ce monde venait pour me voir. Mon tableau ou plutôt la toile pour laquelle j'avais servi de modèle devait être en effet dévoilée à l'occasion de l'exposition de cet après-midi. Ce moment venu, j'étais tout émoustillée quand un vénérable monsieur s'apprêta à découvrir l'oeuvre de Jacques Emile Blanche. Ce moment plus qu'à quiconque me parut interminable. Serais-je reconnue par tous ces heureux invités et surtout Rémy allait-il faire le lien entre la jeune fille du tableau et sa toute nouvelle amie? J'étais dans mes pensées quand une clameur s'éleva. Je ne compris pas toute suite mais tous les regards se portaient vers le fond de la pièce, je m'aperçus avec consternation que le drap ne cachait qu'un cadre vide.



à suivre...
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Publié dans Henriette

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M
Quand j'étais en CM2, on avait fait ce Roman là.
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B
j'adore Henriette l'histoire que nous avons inventer et très bien vivement la suite
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L
le tableau a disparule 25 décembre à 16h le tableau de Jacques Emile Blanche à disparu. Tout le monde est stupéfait, tout le monde se demande qui a fait sa ? Jusqu'à ce qu'une personne crie
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